Les bains

La propreté corporelle au Moyen Age ne fait désormais aucun doute. Il est de coutume de faire des ablutions, de se laver pour devenir propre. Mais profiter d’un bon bain chaud rend il propre ?

On parle à tort d’étuve pour signifier les bains publics, or l’étuve est la salle de sudation (extufare qui a donné stufa stuba stuva en bas latin et le verbe estuver en vieux français.). Cela induit une chaleur apportée de l’extérieur. Mais rapidement, le terme étuve va désigner les bains publics, d’autant que les cuves sont souvent placées dans la salle de sudation.

Le bain privé, c’est-à-dire à domicile, est un luxe qui apparait dans certains châteaux dès 1340. ° Le premier cas avéré se trouve au palais des Papes d’Avignon de Clément VI. Les étuves sont de petites chambres de 2 à 3 mètres de côté avec un planché de dalles chauffées. Ceux qui ne possèdent pas de telles pièces peuvent aussi louer des bains publics pour certaines occasions.

Dans le livre des métiers d’Etienne Boileau en 1268, on retrouve au titre 73, la réglementation du métier d’étuviez. On dénombre 26 établissements en 1292 à Paris. C’est un crieur qui annonce que les étuves sont chaudes et prêtes à ouvrir. Ce sont des établissements populaires

Qui fréquente les bains?

Selon le livre des métiers d’Etienne Boileau, à Paris le prix du bain de vapeur est de deux deniers, celui du bain d’eau tiède de quatre deniers ; mais s’estuver et se baigner coûte huit deniers. Si deux personnes vont ensemble au bain, elles paieront douze deniers pour s’estuver et se baigner, donc moins cher.

Le bain de vapeur est économique parce qu’il ne nécessite que quelques pierres chaudes placées et un seau d’eau. A cela, il faut ajouter un denier pour un drap. A titre comparatif, rappelons que, à la même époque, une grosse miche de pain se vendait un denier.

Hygiène ou plaisir ?

u regard des différentes iconographies présentant les bains, il faut convenir que le bain est avant tout un jeu, un moment de plaisir et que l’eau est festive. « L’étuve promet ici mélanges et plaisirs : bains en commun, chambres, lits, festin ». Le bain ne mentionne pas le fait de se laver, mais de profiter. Ce qui va conduire à des déviances.

Les bains mixtes, la nudité et le plaisir encouragent les débordements et les déviances. Au XVème siècle, « aller s’estuver »r induit une prostitution illicite. Nombreuses étaient les chambrières qui vendaient leur charme. Afin de limiter ces déviances, les étuves instaurent la séparation homme femme puis l’alternance entre les uns et les autres.

La peur de l'eau

Au cours du XV° siècle l’eau chaude est accusée d’ouvrir les pores et de faciliter l’intrusion des maladies, voire de la mort. L’Eglise se sert alors de prétexte pour faire fermer les étuves qu’elle trouve immorales. Les Hommes ont désormais peur de l’eau. Certains pensent même que les femmes peuvent tomber enceintes en partageant la même eau qu’un homme qui y serait resté trop longtemps. L’eau n’est plus utilisée pour le lavage, place à la toilette sèche : un linge pour se frotter ou du vin pour se laver la bouche.

Pour autant, l’hygiène corporelle ne disparait pas. Il convient de se frotter, de porter des vêtements blancs ; on observe d’avantage les cols et poignets de chemises. Les cheveux sont dégraissés avec des poudres.

La disparition des bains n’induit pas la disparition de la propreté mais son évolution. Être propre serait alors une norme sociale plus qu’un fait.

SOURCES

L’étuve dans les chateaux et palais du Moyen Age In: Bulletin Monumental. Tome 159 N°1, année 2001. Les Bains privés au Moyen âge et à la Renaissance. pp. 7-20.(Persée)

Propre comme au Moyen-Age Historama N°40, juin 1987

Le propre et le sale, Georges Vigarello, édition Point

SOURCES ICONOGRAPHIQUES

Faits et dits mémorables XV° Manuscrit de Valerius Maximus.

Antithesis Christi et Antichristi, dans le Codex Jenský, (musée national de Prague), ca. 1490-1510)

Manuscript Source London, British Library, Add. 17987, folio 111v.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.